Présentation

L’Encyclopédie virtuelle des révolutions est un projet de longue haleine, destiné à devenir une structure permanente en voie perpétuelle d’achèvement. Ce projet pionnier consiste à rendre disponible sur le réseau Internet les grands textes classiques en sciences sociales et humaines en matière de révolution, pour servir de matériau de base aux chercheurs en sciences humaines, enseignants, honnêtes hommes. Il s’agit d’entendre le terme de Révolution dans son acception large, pouvant signifier la révolution ou changement majeur dans le domaine politique aussi bien qu’historique ou scientifique.

Le corpus qui sera rassemblé, numérisé lorsqu’il ne l’est pas déjà, et transcrit à partir de versions de formats divers en format XML, comprendra des reproductions d’images (dessins, gravures, tableaux) et des textes (sources primaires et secondaires) déjà publiés et numérisés aussi bien et surtout que des textes encore inédits ou d’accès malaisé.

La mise en ligne d'un ensemble de documents reliés au débat public en période révolutionnaire pose un certain nombre de défis sur le plan technologique. Le passage du document papier au document électronique n'est pas simplement un changement de support. L'enjeu ici est de permettre de naviguer à travers un ensemble de pièces interreliées de multiples façons. Les métadonnées accompagnant chacun des documents doivent permettre d'en saisir les conditions de production et de constituer des corpus de recherche sur la base de ces métadonnées : dates, lieux, auteurs, publics cibles, et références intertextuelles. Les documents individuels sont souvent des objets composites faisant appel à plusieurs genres de discours et portant de multiples marques d'intertextualité. Un simple montage intertextuel ne peut rendre compte rigoureusement d'une telle richesse. On doit donc convenir d'un modèle de données prenant en charge cette complexité, tant au niveau du texte intégral que des métadonnées.

Dans la phase initiale du projet nous visons à concevoir ce modèle de données et à monter un prototype permettant de l'éprouver. Nous commencerons en priorité par l’exploitation d’un corpus que nous avons déjà édité sous une forme physique : Les Procès verbaux du Comité d’Instruction publique (1791-1795, Paris, L’Harmattan, 1997, 6354 p.), La Décade philosophique comme système (1794-1807, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2003, 4576 p.), et celui sur lequel nous travaillons actuellement, soit L’Encyclopédie méthodique (1782-1832) de Panckoucke, qui est la toute dernière, la plus imposante (avec 220 volumes) et aussi peut-être la plus difficilement accessible, matériellement, de toutes les synthèses encyclopédiques propres au mouvement des Lumières. Nous nous attachons plus spécifiquement aux dictionnaires de L’Encylopédie méthodique qui portent sur la Jurisprudence, la Philosophie, la Théologie, l’Économie politique, la Géographie, ainsi que sur l’Assemblée nationale constituante. Nous encadrerons ce premier ensemble de l’abondante iconographie liée aux ouvrages Tableaux historiques de la Révolution française, Image de la Révolution française, La Révolution par le dessin (Corpus Claudette Hould) et de divers textes et documents dans le domaine de l’astronomie, de la physique, de la mathématique et de la chimie liés à la Révolution scientifique des XVI, XVII et XVIIIèmes siècles.

Dans un premier temps, ces sources concernent au premier chef, d’une part, sur le plan politique et artistique, la Révolution française et les institutions culturelles et politiques qu’elle crée, d’autre part, la Révolution scientifique, concernant la nature, qui annonce, prépare, accompagne la révolution idéologique et sociale. Nous prévoyons, à moyen terme, inclure, en amont, des images et des textes liés aux premières révolutions européennes, celles des Pays-Bas, de l’Angleterre (cf. la collection Thomason à la British Library), des États-Unis, et, en aval, des images et des textes liés à la Révolution Russe, aux révolutions politiques et scientifiques du XXe siècle en Amérique latine, en Chine, en Afrique et au Moyen-Orient ainsi qu’au Canada les corpus divers touchant aux rébellions de 1837 jusqu’à la Révolution tranquille au Québec, en incluant les textes (articles ou monographies) de chercheurs québécois actuels participant à des révolutions épistémologiques, esthétiques et politiques. Ce dernier aspect permettra de croiser notre encyclopédie virtuelle des Révolutions avec le projet en cours « open access » d’archivage virtuel des textes des enseignants et des étudiants gradués du réseau de l’Université du Québec. Ce corpus électronique s’accompagnera d’index, de tables, d’instruments d’analyse de discours et de moteurs de recherche que nous aurons pu mettre à l’épreuve à partir de nos travaux durant la phase I du projet.

Il est prévu, dans ce sens, d’élargir l’actuelle équipe de chercheurs et d’entreprendre, dans les années ultérieures couvrant la phase II et la phase III du projet, tant une nouvelle demande Fodar (réseau UQ) visant à compléter l’exploitation du corpus rassemblé et traité lors de la phase I du projet qu’une demande de subvention au programme du CRSH des grands travaux concertés et auprès du programme FCI (banque de données) pour les corpus envisagés en amont et en aval de ceux de la phase I. Parallèlement, nous établirons des protocoles formels de collaborations avec la Voltaire Foundation (Oxford), l’Institut d’Histoire de la Révolution française à Paris I Panthéon-Sorbonne, le Musée Vizille de la Révolution, la collection du Corpus des Œuvres de philosophie en langue française (Éditions Fayard) ainsi que deux universités japonaises s’étant distinguées par leur intérêt pour le phénomène révolutionnaire, en particulier la Révolution française, avec lesquelles nous travaillons depuis quelques années.